Sa sainteté le Pape Cyrille VI – قداسة البابا كيرلس السادس

Pape Cyrille VI
Pape Cyrille VI
Pape Cyrille VI

Un saint du XXe siècle, le Pape Cyrille VI

Père Raphaël Ava Mina, Monastère du Martyr Saint Mina à Mariout

L’Eglise copte fête cette année le centième anniversaire de la naissance d’Abba Cyrille, pape d’Alexandrie et grande figure du christianisme contem porain. Peu connu hors des frontières de l’Egypte, il est là-bas vénéré comme l’un des grands saints de l’Eglise et l’un des plus familiers, pour nous il vient nous rappeler entre autres, par un exemple proche dans le temps, ce qui a été répété si souvent dans cette revue : la sainteté n ‘est pas pour hier ou pour demain, elle n ‘est pas pour un état particulier, elle est pour tout de suite, pour chacun et pour toutes les circonstances de la vie.

Tout ce qui a été écrit en ce qui concerne votre personne. Saint et Pape Cyrille, n’est qu’un reflet pauvre de la réalité. Les mots sont incapables d’expri mer ce que vous méritez, vous, qui nous avez transportés de la dispersion et de la ruine(1) à la richesse de l’esprit et à la chaleur de la grâce par vos prières et vos Divines Liturgies. Les pécheurs se sont repentis et les cœurs endurcis ont retrouvé la foi… Si je présente ici quelques-uns de mes souvenirs sur le Pape Cyrille, c’est pour répondre à la demande de plusieurs amis. Je prie Dieu pour que ce que j’écris soit utile pour notre développement spirituel; ainsi, nous serons heureux d’obtenir les bénédictions des prières de ce Saint. Imitons-le comme lui il imitait le Seigneur Jésus-Christ Notre Dieu à Qui est la gloire étemelle aux siècles des siècles. Amen.

Né en août 1902 et nommé Azer, il entra au monastère El-Baramos le 27 juillet 1927. Ordonné moine le 25 février 1928 et surnommé Mina, il fut ordonné prêtre le 18 juillet 1931.

Le Père Mina mena une vie solitaire dans la vallée de Natroun (2) puis dans un moulin dans la montagne El Mokatam (3). Il construisit une église dans le vieux Caire portant le nom du martyr saint Mina. Il y résida jusqu’à son ordination patriarcale en 1959. Avant son ordination, il fut nommé responsable du monastère d’Amba (4) Samuel le confesseur à Zora(5). Il fut ordonné Patriarche le dimanche 10 mai 1959. Pendant son pontificat, il réalisa:

  • le renouvellement de l’ancienne Cathédrale de Saint Marc,
  • la fondation du monastère Saint Mina à Mariout,
  • la nouvelle Cathédrale à Amba Rueïs au Caire,
  • pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise Copte Orthodoxe, la construction d’églises coptes orthodoxes en Asie, en Amérique, au Canada et en Australie,
  • l’envoi de prêtres en Europe et en Afrique,
  • le retour du corps de saint Marc de l’Italie,
  • un puissant mouvement vers la vie monastique,
  • de même pour le service social,
  • la consécration du Saint Chrême(6),
  • enfin, pendant son pontificat, la Sainte Mère de Dieu apparut à Zeïtoun, au Caire en 1968.

LE PAPE ET SON AMOUR POUR DIEU

Un précoce amour de Dieu l’absorba dès sa tendre enfance. Au fond de son âme s’épanouissait et jaillissait un solide et profond amour qui se manifesta alors que le jeune homme commençait à pratiquer la vie de solitude comme un moine, dans sa chambre, chez lui, se contentant de repas frugaux et abandonnant son lit confor table pour dormir par terre.

Quand il acheva cette pratique dure et sévère après cinq ans, il voulut s’en aller vers le désert et devenir moine, mais il dut affronter plusieurs obstacles tels que l’objection de ses parents et de ses amis. Après avoir réussi à les franchir, il fut surpris par l’objection de Amba Youannis, le «vice-pape» de cette époque. Ces objections s’expliquent par le fait qu’à ce moment-là, la vie des monastères était réservée aux pauvres et aux personnes dont le niveau d’éducation était limité. Azer (le Pape Cyrille) n’était pas de ces gens-là. Sa famille vivait dans l’aisance, et lui, possédait une éducation plus élevée que les gens de son temps. Par exemple il parlait couramment l’anglais. D’autre part, il vivait dans une ville et il n’était pas normal qu’un «citadin» choisisse la vie des monastères. Amba Youannis lui dit : Mon fils, les gens qui mènent une vie citadine ne peuvent pas supporter la vie difficile du monastère. Très peu peuvent persévérer et réussir dans ce domaine.

Tous ces obstacles et d’autres encore ne l’ont ni affaibli ni découragé. Il réussit ainsi à aller dans le désert où il fut ordonné moine dans le monastère d’El Bara-mos. Il avait à ce moment-là vingt-cinq ans.

Ayant pris le train sur le chemin du monastère, c’est avec joie qu’il partait là où sont absentes toutes les convoitises du monde. Aussi, il se débarrassa même de ses habits du monde pour entrer dans cet «autre» monde, pour oublier la vie du monde.

Par exemple, quand il descendit du train, à la station de Houkaria, il demanda au receveur du train pourquoi il ne portait pas de tarbouch

Quand il fut ordonné prêtre en juillet 1931, il dut aller, suite à la demande d’Amba Youannis, à l’église de Saint Marc en Alexandrie pour apprendre la tradi tion de la pratique de la Divine Liturgie. Ses parents demandèrent alors à Amba Youannis de lui permettre de les visiter; malgré son accord, Azer, maintenant appelé «Mina le prêtre», d’abord refusa puis n’accepta d’y aller qu’après maintes pressions. Dans la maison de sa famille, un repas copieux l’attendait, il s’interdit de manger quoi que ce soit et il se contenta d’une tasse de café. Il s’empressa par la suite de retourner à l’église, ce qui suscita l’admiration d’Amba Youannis et sa surprise devant une telle sérénité et un tel ascétisme.

LA SORTIE VERS LA SOLITUDE

La vie monastique n’avait ni apaisé sa faim ni étanché sa soif quant à son amour pour Dieu qui ne faisait que s’accroître avec le temps. A partir de ces moments d’extase, son désir penchait vers la solitude, le chemin que les «grands» saints choisissent pour s’imprégner de la bénédiction divine, pour jouir de son immense gloire et pour épouser l’âme de Dieu en Jésus.

Ayant évité d’être ordonné évêque, et ayant auparavant expérimenté la vie de solitude, il alla vivre dans le monastère de Saint Amba Shenouda à Sohag W, avant de prendre sa décision finale de persévérer dans les degrés de profonde soli tude. Il avait à ce moment-là trente ans. Le trouvant trop jeune pour une épreuve aussi forte que celle-ci, l’assemblée des moines refusa sa demande par compas sion pour lui, car elle craignait que Satan le détruise en lui insufflant l’orgueil et la vaine gloire. L’assemblée contredit aussi son maître El Komos Abdel Messih El Massoudi qui partageait l’opinion du moine Mina. Un des moines âgés blâma même El Komos Abdel Messih en disant: Notre père, n’avez-vous pas vécu qua rante ans dans le monastère ? Avez-vous pensé un jour de vivre seul au désert, à l’extérieur des murs du monastère? Y a-t-il un jeune moine parmi nous qui ait pensé vivre au désert? Je vous prie de persuader ce jeune moine d’oublier son projet…

Un autre moine âgé, s’adressant au jeune Père Mina lui dit: Tu as trente ans et tu as passé seulement cinq ans au monastère et tu veux mener la vie de solitude dans le désert, celle-là même pour laquelle plusieurs autres avant toi ont lutté trente ou quarante ans sans succès ? Mais les anciens du monastère échouèrent à le détour ner de son projet et il réussit à atteindre son but: vivre seul dans le désert, car il aimait Dieu de tout son cœur et de toute son âme… et il voulait méditer sur Dieu jour et nuit. Tout ce qui lui fut dit ne l’inquiéta pas, les fortes objections non plus ne le firent pas changer d’avis, car Dieu lui avait tracé le chemin et lui avait prouvé son amour. Une force intérieure puissante le poussait à s’élancer au sein du désert pour apaiser la faim et étancher la soif de son âme pour Dieu.

Le Père Mina marcha sur le chemin de la solitude après avoir promis de rester sous la surveillance du conseil des pères du monastère et d’aller au monastère, chaque samedi et dimanche, pour s’instruire auprès de son maître El Komos Abdel Messih El Massoudi et pour assister aux prières du samedi soir et à la Divine Liturgie du dimanche.

Ainsi, loin du monastère, il demeura dans une grotte qui fut habitée auparavant par un autre moine appelé Amba Sarabamoun le solitaire. A cause de son amour pour Dieu et de sa solitude pour se sentir plus proche de Lui, tout devint facile et rien ne fut impossible. Après avoir quitté la vallée du Natroun où se trouvent sa grotte et le monastère El Baramos, il vécut au sommet de la montagne d’El Mok-katam dans un moulin déserté et délabré

L’ASSAUT DE SATAN

Voyant le Père Mina avec une volonté inébranlable et une forte foi en Dieu, Satan lui déclara la guerre. Il essaya de le sortir de sa solitude et de perturber son paradis terrestre. Mais Dieu était avec lui. Alors Satan essaya une autre stratégie : il parvint à persuader la sentinelle de ne pas apporter d’eau au Père Mina, cependant un saint apparut à cette sentinelle, l’avertit de sa mauvaise conduite et le menaça. Celui-ci se leva immédiatement, et en pleine nuit escalada la montagne, et amena de l’eau au Père Mina qui en avait grand besoin; ce dernier se réjouit et remercia Dieu parce qu’il prenait soin de lui.

De même, lorsque l’inspecteur du tourisme essaya de le chasser du moulin sans aucune raison, s’adressant à ce modeste moine avec un ton grossier, Dieu sema la peur dans le cœur de son épouse en lui permettant de voir en rêve le Père Mina qui lui parlait fermement. Le lendemain matin l’inspecteur et son épouse frappaient à la porte

Ce qui prouve aussi son amour pour la vie de solitude et son désintérêt pour la vie mondaine c’est ce qu’il m’a dit à la fin de ce grand jour de l’inauguration de la nouvelle cathédrale, du retour du corps de saint Marc en Egypte et des cérémonies splendides auxquelles le président Nasser, l’empereur d’Ethiopie, et les délégués de nombreuses églises ont participé: Vois-tu mon fils toutes ces cérémonies ? Je lui répondis : Oui; il répéta la même question et je lui répondis : Que le Bon Dieu vous accorde une longue vie et que votre règne soit rempli de cérémonies glorieuses. Et là, le Pape me surprit en me répondant: Tout ceci, mon fils, n’égale pas une seule nuit dans le moulin de la montagne au vieux Caire.

UNE MÉTHODE PARTICULIÈRE

Le Pape Cyrille suivit une méthode singulière pour exprimer son amour à Dieu: une méthode qui se différencie de celles suivies par les autres moines et ceux qui prient et qui sont mentionnés dans l’histoire de notre Eglise.

Il était au comble de la joie quand il se trouvait devant l’autel de Dieu pour pré senter l’Eucharistie. Son objectif était de bénéficier toujours de la source de la puissance divine. Quand il lui fut demandé la raison pour laquelle il célébrait la Divine Liturgie quotidiennement, sa réponse était toute simple: si le prêtre estprésent, la farine disponible, que l’autel est là et que nous ne prions pas, qu’allons-nous dire à Dieu? Cette logique l’amenait naturellement, chaque fois que c’était possible, devant l’autel pour se retrouver entre les mains de Dieu.

Tous furent témoins de ce style propre au Pape Cyrille. Le Pape actuel, She-nouda III déclara à ce propos: // n’existe pas, dans toute l’histoire de notre Eglise un pape comme le Pape Cyrille qui a pu célébrer un si grand nombre de Divine Liturgies. Il a célébré plus de 12000 Divines Liturgies. Cet exploit n’a été accom pli auparavant par aucun pape d’Alexandrie, aucun moine ou personne ailleurs. Il était extraordinaire dans ses prières.

Aussi le révérend Père El Komos Mina Ava Mina (le premier diacre du Pape Cyrille) et ancien supérieur du monastère du martyr Saint Mina ajoute: Le Pape Cyrille représente non seulement une étape glorieuse de l’histoire de l’Eglise, mais aussi une grande école, ayant sa philosophie ecclésiastique spirituelle qui restera durant plusieurs siècles, glorieuse, à cause de sa profondeur spirituelle.

En vérité, les mots sont incapables d’exprimer le degré de son amour pour son Dieu et Sauveur; un amour qui, parce qu’il relève d’une vie intérieure profonde, ne peut pas être exprimé par de simples mots. Ses actes ont cependant dévoilé ce véritable amour pour Dieu, amour caché dans la profondeur de son âme, comme une réalité non moins surprenante.

Il fut un jour opéré de l’appendicite; qu’est-ce que son inconscient allait laisser échapper sous l’effet de l’anesthésie? A l’encontre de ce que certains psycho logues croient, c’est-à-dire que même les personnes menant une vie vertueuse, dévoilent leurs désirs secrets sous l’effet de l’anesthésie, il n’y eût pas un seul désir refoulé dans le tréfonds de son être. Le Père Mina, au moment de l’opération et après celle-ci, fût complètement dans la paix de Dieu, dominant tous ses sens et toutes les issues de son âme. De ce fait, nous n’avons entendu de lui que des psaumes et des chants religieux … ceci à la grande surprise des médecins et de tous les assistants.

LA RESPONSABILITÉ DU «PASTEUR» : SA FUITE DE L’ÉPISCOPAT

Le salut des âmes est le but de l’Eglise du Christ, la base et le centre de ses acti vités sont les prières… les traditions… les divers services. La responsabilité du pas teur comme l’a précisé notre Seigneur, c’est de livrer sa vie pour ses brebis: res ponsabilité non moins grande et difficile. C’est pour cela que certains pères saints fuirent cette responsabilité alors que d’autres furent emmenés à celle-ci, enchaînés, malgré eux. Il n’est pas étonnant de trouver le moine Mina qui aime prier dans la solitude et dont le cœur et la vie sont remplis de l’amour de Dieu, vivre très loin de toute préoccupation administrative de l’Eglise. Dans la première période de la vie de solitude du Père Mina, Amba Youannis voulut l’ordonner évêque, mais celui-là s’échappa de la faculté de théologie à Heiwan, pour trouver refuge au monastère du grand saint Amba Shenouda de Sohag. Par la suite, il retourna au désert et reprit la solitude dans laquelle il vécut plusieurs années, d’abord dans sa cellule du Wadi El Natroun, ensuite au moulin à vent au vieux Caire, loin du monde et de tout ce qui s’y rattache.

DES LARMES DANS LE JOUR DE JOIE

Lorsque les prières émanant du cœur du peuple s’adressèrent à Dieu pour qu’D sauve l’Eglise de ce qu’Elle avait enduré, et quand tous furent d’accord que les candidats au patriarcat doivent être moines, quelques-uns de ceux qui admiraient la vie que menait Père Mina, lui demandèrent de présenter sa candidature mais il refusa catégoriquement. Cependant, Amba Athanasios le «vice-patriarche» de cette époque remplit pour le Père Mina sans lui demander son opinion le formu laire de cette candidature. Quand le Père Mina apprit ce qu’avait fait Amba Atha nasios, il demanda avec insistance à ses disciples et à ses amis de ne faire aucune propagande pour lui.

Quand la sélection divine fut annoncée et que le Père Mina fut choisi, celui-ci » pleura et refusa que les cloches tintent pour exprimer la joie de cette élection pen dant la Divine Liturgie. Dès que la Divine Liturgie fut terminée, il se plaça devant l’autel, les yeux inondés de larmes, priant Dieu qui l’avait choisi, de le fortifier et de le soutenir pour cheminer dans ce qu’il appela «la nouvelle tentation».

Le jour de son ordination, il pleura beaucoup, avouant sa faiblesse devant cette responsabilité colossale. Les larmes qui ruisselaient de ses yeux reflétaient sa tris tesse. Beaucoup de gens furent émus et gardèrent avec affection le souvenir de cette scène photographiée. Nous retrouvons aussi dans le livre de l’historien alle mand Otto Meinardus, intitulé : Les moines et les monastères des déserts égyptiens, une photo unique de cette tristesse du Pape. Ceci nous prouve à quel point ces larmes sincères touchèrent ceux qui l’ont vu. Le docteur Ibrahim Saïed, le pasteur responsable de l’Eglise anglicane déclara le jour de l’ordination du Pape: … ce qui m’a ému le plus, ce sont ces larmes abondantes qui ruisselaient de ses yeux devant l’autel avant son ordination. Elles étaient pour moi, plus précieuses que les perles incrustées dans sa couronne C ‘). Depuis lors, l’amitié entre lui et le Pape Cyrille augmenta et il visitait le Pape régulièrement.

QUELQUES EVENEMENTS DE LA JOURNEE DE SON ORDINATION

Evoquons quelques souvenirs de cette journée historique de l’ordination du Pape Cyrille, journée qui engendra une ère glorieuse dans l’histoire contemporaine de l’Eglise. Voyons comment les hommes de Dieu agissent lorsqu’ils sont choisis pour assumer des responsabilités dont celles des âmes du peuple sont parmi les plus difficiles.

La journée en question commença vers deux heures et demie du matin, lorsque le gardien du palais papal remarqua une personne qui marchait dans la cour. Il cria: Qui êtes-vous ? tout en s’approchant de lui pour l’identifier. Quand il constata que c’était l’élu de Dieu, il recula, mais Père Mina lui demanda d’ouvrir la porte de l’église pour faire «El Tasbeha» 02). Le gardien l’informa que les diacres ne viendraient qu’à quatre heures du matin pour prier mais Père Mina lui exprima son désir de commencer lui-même tout de suite. Le gardien obéit et Père Mina entra à l’église, se prosterna devant l’autel sacré de Dieu, alluma quelques chandelles et fit «El Tasbeha». Quand les diacres arrivèrent, ils furent tous surpris car ils n’avaient jamais entendu auparavant qu’un pape C3) fit lui-même «El Tasbeha». Par la suite, il commença à présenter l’encens du matin à l’étonnement de tous les assistants. Dans la petite chapelle annexe à la cathédrale, il s’assit attendant le prêtre qui devait faire la première Divine Liturgie. Plusieurs personnes insistèrent pour qu-‘il se repose jusqu’à ce que les métropolites et les évêques viennent l’ordonner; mais pour sa part, il préféra assister à cette première Divine Liturgie car la Divine Litur gie était pour lui une source de consolations. Ainsi, il se leva et se dirigea vers l’un des coins de l’autel, pleura et pria Dieu afin qu’il l’aide dans cette nouvelle mis sion.

Après avoir assisté à la Divine Liturgie, il retourna à sa cellule puis une grande foule de métropolites, d’évêques, de diacres, de laïcs accompagna Père Mina jus qu’à l’église. Les métropolites et les évêques lui donnèrent les clés de la Cathé drale. Il ouvrit la porte en disant: Ouvrez-moi les portes de la justice, que j’y entre pour rendre grâce au Seigneur: la voici, c’est la porte du Seigneur, c’est par là qu’entreront les justes; je te rends grâce, car tu m’as exaucé, tu t’es fait mon salut. Alléluia (Ps 118,19-21). Puis, il entra à l’église, se prosterna longuement devant l’autel jusqu’à ce que le vice-pape, le défunt Amba Athanasios lui dise: Lève-toi notre Père Mina pour que nous commencions. Le Père Mina se leva, les larmes inondant son visage illuminé. Amba Athanasios lui dit: Le Dieu qui t’a choisi, est celui qui te soutiendra. Ne crains rien. Puis la cérémonie de son ordi nation commença et les pères métropolites posèrent leur main sur sa tête, ainsi que les quatre évangiles. Amba Athanasios oignit trois fois son front en disant: Nous t’ordonnons Pape Cyrille VI, Pape d’Alexandrie et Patriarche de la Prédi cation de Saint Marc, et à chaque fois le peuple répondait, leurs cœurs à l’unisson: Amen Kyrie Eleison (14). Le Pape Cyrille s’avança pour embrasser l’autel et y prit le bâton pastoral ainsi que la croix puis il sortit tenant la croix à la main droite et le bâton pastoral à la main gauche. Les métropolites l’assirent sur le trône de Saint Marc.

En lisant le chapitre du Saint Evangile où le verset dit: Je suis le Bon Pasteur, il s’abstint de le dire tel qu’il est et dit plutôt: Le Seigneur Jésus a dit: Je suis le Bon Pasteur. La foule répondit trois fois à l’unisson: Axios c’est-à-dire // est digne, et ses yeux se baignèrent de larmes.

Puis le premier message papal fut lu, celui que le Pape avait écrit lui-même. Ce message reprenait les paroles de saint Paul: Mais de toute façon ma vie m’importe peu, pourvu que j’achève ma course et que je remplisse la mission que j’ai reçue du Seigneur Jésus de rendre témoignage à l’Evangile de la grâce de Dieu (Actes des Apôtres 20,24)… Quelle est en effet notre espérance, notre joie, la couronne dont nous serons fiers, si ce n’est vous, en présence de notre Seigneur Jésus lors de son Avène ment? (l Th 2,19). Donc, ma joie est dans votre succès, mon bonheur est dans la stabi lité de votre foi, dans la force de votre espoir et dans l’augmentation de votre amour.

Ce n’est pas en vain que le Pape Cyrille choisit ces versets dans son premier message à ses fidèles. Ce message signifiait qu’une nouvelle ère de responsabilité pastorale véritable commençait. Dieu a envoyé le Pape Cyrille comme une com pensation des années sombres où nous avons subi amertume, perte et échec.

UNE VÉRITABLE PATERNITÉ

Après la cérémonie, le Pape Cyrille déclara que s’il était devenu le père de tous, c’est aussi pour être le père tendre et le serviteur qui veille. A la fin de la Divine Liturgie, la foule s’empressa de l’approcher avec beaucoup de joie et l’en toura; il les bénissait chacun, tour à tour; il resta debout durant des heures sans exprimer aucune fatigue ou monotonie, mais plutôt patience et douceur jusqu’à ce que les métropolites aient pitié de lui, après avoir remarqué la sueur qui coulait de son front et le prient de prendre un peu de repos; mais il refusa de renvoyer quiconque venait à lui pour prendre sa bénédiction. Il sema la joie dans tous les cœurs, aussi bien des grands que des petits … Chacun retourna chez lui en glori fiant Dieu de ce qu’il avait vu et entendu. Il est important de méditer sur les événe ments de ce jour glorieux car nous sommes sûrs et certains que les prières du Pape commencées avant l’aube, ses larmes sincères qu’il a versées étaient bien plus pré cieuses que maints écrits ou paroles. Ses prières et ses larmes laissèrent de pro fondes traces dans plusieurs âmes mêmes dans celles loin de l’Eglise…

… Dès le premier jour de son règne, il ne dressa aucun obstacle entre lui et son peuple … car c’est pour lui que Dieu l’avait choisi comme pasteur, pour qu’il le protège du «mal» et du «Malin», pour qu’il aide le faible et sauve le pécheur. Frère, pour cette raison tu aurais pu rencontrer le Pape Cyrille à n’importe quel moment où tu aurais eu besoin de lui, même s’il était malade, ou à minuit pendant que tous dormaient et même s’il dormait, saint Mina l’aurait réveillé pour toi.

Pour ne citer qu’un exemple, rappelons l’histoire du médecin qui voulait voir le Pape Cyrille pour qu’il prie pour lui après l’échec de tous les efforts des méde cins et des soins médicaux. Or, ce jour-là, le Pape, fatigué, s’était endormi et se reposait. Lorsque le médecin vit que le Pape ne venait pas, il décida de s’en aller, mais le Pape se réveilla car saint Mina l’avait informé qu’un de ses fils l’attendait à l’extérieur pour recevoir sa bénédiction. Le médecin fut surpris de voir le Pape arriver et de l’entendre l’appeler par son nom, car ils ne s’étaient jamais vus ou connus auparavant…

LA JOIE DE SAINT MARC

Le ciel lui confirmait sa conduite sainte… Voici une histoire que j’ai vécue moi-même, que je garde encore proche dans mon cœur, et dont je me souviens de chaque détail.

Un dimanche, pendant les prières de l’aube, j’ai remarqué que le Pape s’attardait devant le trône de Saint Marc en lui offrant l’encens; il priait à voix basse, ses paroles étaient inaudibles et il souriait. J’étais perplexe et je n’osais pas lui poser de questions. Mais le Pape, dans sa modestie et dans sa gentillesse m’appela et me dit: Mon/ils, salue saint Marc; je lui répondis: Je ne vois personne Monseigneur. Il me dit alors: Mon fils, saint Marc est assis sur son trône, il est très heureux …II était très triste depuis plus de trente ans… mais maintenant mon fils, il est assis heureux et joyeux. Je lui répondis tristement: Monseigneur, je ne vois personne. Le Pape me dit: Que Dieu te le dévoile mon fils. Le Pape continuait à offrir l’encens et à prier longuement, demandant l’intercession et la bénédiction de saint Marc.

Frère, nous te prions de méditer quelque peu sur cette histoire pour bien discer ner son sens profond et pour comprendre la connaissance divine qu’elle dévoile.

LE COMMANDEMENT SPIRITUEL

Ce qui précède nous amène à parler du Pape en tant que «chef» spirituel. Le chef spirituel est d’une nature particulière et ce concept se distingue des autres types de dirigeant qui appartiennent au monde spirituel.

L’aspect essentiel caractérisant le chef spirituel est le choix divin comme Moïse, David et Samuel, choix de Dieu qui dirige ses pas et le guide dans sa vie. Le diri geant dans ce cas-là est lié étroitement au Ciel. L’héritage spirituel est son point de focalisation, à tel point que, pour lui, le monde et sa gloire, sa splendeur et sa beauté perdent toute valeur. Ce chef spirituel ne réclame jamais les succès réalisés comme un résultat de ses efforts personnels; il ne pense point que ses plans pro viennent de sa propre intelligence ou que le mot de salut qu’il prononce vienne de lui. Toutes ses actions doivent témoigner pour la vérité et il s’interdit d’attirer l’at tention sur lui.

LES ARMES DU «CHEF»

Le Ciel avant même la terre, avait témoigné que le Pape Cyrille était un grand «chef» spirituel. La prière, le jeûne et l’humilité devant Dieu étaient son style de vie et ses armes. Les pages précédentes prouvent tous ces points et c’est en cela qu’il ressemble à tous les «chefs» spirituels que le Livre Saint nous présente ou que nous connaissons à travers l’histoire de l’Eglise.

Dieu le guidait dans sa vie et c’est pour cette raison qu’il réussissait dans tout ce qu’il entreprenait. Il put faire régner la paix dans toute l’Eglise: désolation et ini mitié furent dissipées. Tout ceci était clair dès le premier jour de son règne où tous les cœurs l’aimèrent et s’attachèrent à lui. Tout le monde remarqua sa conduite vertueuse et en parlait. Les signes divins atteignirent leur apogée avec l’apparition de la Vierge Marie, Mère de la Lumière, sur l’église de Zeïtoun au Caire en Egypte. Cette nouvelle répandit le nom de l’Eglise Copte aux quatre coins du monde et le Pape Cyrille fut connu partout, lui, le moine simple qui vivait dans une cellule au monastère puis dans une caverne dans la montagne.

Même quand il devint Pape d’Alexandrie, il continua à mener la même vie aus tère et simple. Comme les premiers jours de sa solitude, sa nourriture restait fru gale. Il portait les mêmes vêtements simples et rugueux. Aussi, qui aurait vu son lit, n’aurait pu imaginer qu’il appartînt au Grand Dirigeant de l’Eglise. Sur la porte de son salon, on pouvait lire sa devise: Délaisse les biens terrestres, Dieu t’aimera; laisse aux humains ce qu’ils tiennent dans la main, ils t’aimeront… Qui poursuit le prestige, le prestige le fuit; et qui le fuit, le prestige le suit et mène les gens à lui.

LA VOIE DU SILENCE

Le Pape Cyrille préféra suivre le chemin difficile que le Seigneur, gloire à Lui, nous a enseigné, c’est-à-dire au lieu de «parler», donner le bon exemple par l’action. En effet, il considérait que le cœur qui ne s’adoucit pas devant l’image de la sainteté et ne se convertit pas devant le bon exemple, ne changera pas devant les prédications et les paroles. Nous voulons attirer l’attention sur le fait que le Pape, s’il avait choisi la voie du silence comme conduite dans sa vie, ce n’est point à cause d’une inaptitude de sa part, bien au contraire, car il fut le disciple de grands professeurs tels que le défunt Iskander Hanna, prêcheur talentueux et inspire, et le grand savant et père spirituel El Komos Abd El Mes-sih El Massoudi. Ajoutons qu’il fut l’élève de grands pères spirituels chez qui il avait étudié les écrits, et dont l’héritage spirituel immortel s’était approfondi. D’ailleurs, Amba Youannis fut ravi lorsqu’il entendit un sermon du moine Mina, dans une des prières du soir, quand il était étudiant dans la faculté de théologie à Heiwan. Après ce sermon, Amba Youannis avait pensé sérieuse ment à l’ordonner évêque mais le Père Mina s’était enfui de la faculté de théo logie. Le Pape Cyrille m’a dit une fois que ce qu’il a gagné de la vie du silence dépasse de loin ce qu’il aurait pu gagner s’il avait adopté un autre style de vie.

UN PASTEUR RESPONSABLE

Combien de fois ai-je vu le Pape Cyrille pleurer, même dans sa vieillesse, sur les âmes qui restaient loin de Dieu; cela l’attristait beaucoup et lui faisait dire en soupirant: Des brebis sans pasteurs.

Constamment je voyais de nombreux individus qui venaient consulter fréquem ment le Pape et se plaindre d’un problème difficile qui compliquait leur vie et per turbait leur paix; le Pape sans jamais perdre patience, sans se lasser par la monoto me des plaintes, affrontant le problème, priait et finissait par le résoudre et par sécuriser ceux qui en étaient affectés.

Bien que d’une part ce genre de travail ne le concernait pas en tant que premier pasteur de l’Eglise, et que son véritable devoir donc se rapportait aux problèmes généraux de chef spirituel et que d’autre part, les problèmes individuels pouvaient être laissés aux pères confesseurs, sa préoccupation pour chaque personne était une caractéristique particulière de ce pasteur tendre qui cherchait la repentance de ses enfants pour les guider vers le chemin du salut.

Nous voudrions aussi rappeler au lecteur que lorsque le Pape Cyrille était un simple moine offrant le service en tant que prêtre à l’église du martyr saint Mina au vieux Caire, il construisit une résidence pour les étudiants qui venaient suivre leurs études au Caire tout en cherchant un abri pour leur vie de foi et leur chasteté.

Plus surprenant encore il joignit à cette petite église un édifice de cinq chambres pour faire apprendre aux «enfants pauvres» de l’église cinq métiers: le tissage, l’électricité, la mécanique, la soudure et les travaux de nacre. Il invita un de ses fils spirituels, ingénieur en tissage, pour s’occuper de cette mission, l’enjoignant de ne pas oublier ses frères pauvres. Aussi, après avoir installé une machine électrique de tissage, l’ennemi du bien provoqua des envieux qui allèrent transmettre de fausses informations au haut clergé qui le menaça. Il fut obligé d’arrêter le projet, attendant le retour d’un de ses disciples de l’étranger pour lui confier la gestion de ce projet ailleurs, loin de son église. Ce projet eut par la suite un essor considé rable dont des milliers de familles égyptiennes dans le besoin bénéficièrent.

LE TÉMOIGNAGE POUR LA VÉRITÉ

Le Pape rendait toujours témoignage à la vérité et rien qu’à la vérité. Il ne ces sait de reprendre les fidèles, entre autres les jeunes gens, dont la parure était incon venante; il les invitait à vivre dans la chasteté, à s’éloigner du luxe et à ne pas imi ter ceux qui se complaisent dans la débauche et vivent très loin de Dieu. Il conseillait même aux enfants de s’habiller convenablement et il demandait aux parents de leur faire porter des vêtements appropriés.

Il parlait avec franchise à tous. Je me rappelle d’une personne très attachée au Pape Cyrille, et qui le visitait une fois par mois. Le Pape dans sa paternité véri table et avec l’affection d’un pasteur éveillé, lui demandait gentiment de retourner à l’Eglise Copte Orthodoxe et lui disait que celle-ci est l’Eglise-mère quant aux enseignements évangéliques apostoliques. Lorsque le Pape répétait cette invitation plusieurs fois, elle répondait: Laissons ce sujet de côté. Cependant, lors d’une de ses visites, après que le Pape souleva de nouveau la question, elle soupira en disant : Chaque fois je me dis que je ne viendrai plus vous visiter parce que vous me mettez mal à l’aise à cause du même sujet que vous soulevez toujours, mais je ne sais pas ce qui me pousse à venir chez vous. Monseigneur, ne parlons plus de cette question.

La même personne voulut un jour téléphoner au Pape mais sans succès car son numéro de téléphone personnel avait été changé, alors elle me téléphona et je lui communiquai le nouveau numéro. Téléphonant au Pape elle lui dit avec une nuance de plainte: Comment, Monseigneur, comment votre numéro de téléphone change et vous ne m’en informez, pas?… Je suis malade depuis trois jours… Le Pape le tranquillisa et lui dit : Vous n ‘avez rien, quittez, votre lit. Le Ciel exauça les prières du Pape et le lendemain elle vint baiser sa main en le remerciant pour sa prière qui l’avait guéri. A la mort de cet homme, le Pape, qui à ce moment-là était au monastère de Saint Mina dit: Voilà, il est mort; combien de fois je lui ai conseillé de retourner à l’Eglise-mère et il a refusé!

Je me rappelle aussi d’une autre personne qui dit au Pape: Je voudrais servir le Seigneur; le Pape lui répondit: Va voir le diacre Raphaël, laisse-lui ton nom et quand Dieu nous indiquera sa volonté nous t’appellerons. Six mois plus tard, le même individu vint accompagné de son épouse, et dit au Pape: Monseigneur, j’ai démissionné de mon travail pour consacrer mon temps au service de Dieu ‘, le Pape lui dit encore une fois: Quand Dieu nous indiquera sa volonté, nous t’appel lerons; l’individu dit alors: Monseigneur, ordonnez-moi prêtre; le Pape le regarda et dit avec une nuance de reproche devenir prêtre…; aussitôt, il s’adressa à sa femme et lui dit: Votre époux, madame veut être prêtre (…). En réalité, cet individu avait abandonné l’Eglise-mère pour s’affilier à une secte religieuse qui l’avait per suadé de travailler chez elle en l’attirant par un grand salaire et par d’autres tenta tions de toutes sortes ; il avait caché ce sujet au Pape, mais le Pape lui dévoila cette vérité avec reproche. Son épouse en fut fort chagrinée. A maintes reprises, elle essaya de lui rappeler tantôt le conseil du Pape, tantôt les vertus de l’Eglise-mère; pendant trois ans sans se décourager elle persévéra dans la prière jusqu’à ce qu’il embrassât à nouveau l’Eglise Copte Orthodoxe.

Je certifie, devant Dieu, que toutes les années de mon service auprès du Pape, jamais il ne fut méchant ou ne garda rancune envers quiconque; jamais, non plus, il n’entra en conflit avec ceux qui décidèrent d’être ses adversaires. Au contraire, je le voyais aimant tout le monde, même ses ennemis à qui il confia des responsa bilités importantes.

Jamais la paix intérieure ne quitta le Pape, même dans les moments les plus dif ficiles, son visage restait toujours radieux, répandant la paix sur ceux qui l’entou raient. Devant un tel comportement, nous étions surpris et nous avions l’impres sion d’être devant une montagne inébranlable, face aux obstacles et aux difficultés.

LES MIRACLES

Dieu lui a accordé le don de réaliser des miracles remarquables. Un seul mot de lui suffisait pour résoudre les problèmes, pour guérir ceux qui étaient malades, pour que soient réalisées les affaires et pour que soient chassés les mauvais esprits. Dans sa main, il tenait toujours fermement la Sainte Croix.

Père Raphaël Ava Mina, Monastère du Martyr Saint Mina à Mariout