Saint Maurice


Soldat romain d’origine égyptienne (Kémèt). A la tête de la légion thébaine martyrs à Agaune (Saint-Maurice), en Valais. 286.

« Sur l’ordre du tyran, la phalange invincible tombe foudroyée, Et des fleuves de sang courent annoncer au monde son héroïque martyre.
Stupéfaite, la nature contemple un spectacle inouï : Des neiges rouges au sommet des Alpes ! »
P. Hugues Vaillant, Fast Sacri.

[hr]

Sous Maximien, qui partageait avec Dioclétien, et comme son collègue, l’empire de la république romaine, presque toutes les provinces virent déchirer et massacrer des peuples entiers de martyrs. Car non-seulement ce prince se livrait avec une sorte de fureur à l’avarice, à la débauche, à la cruauté, en un mot à tous les vices ; mais encore il était passionné pour les rites abominables des gentils, et dans la rage de son impiété contre le Roi du Ciel, il s’était armé pour détruire le nom Chrétien.

Tous ceux qui osaient faire profession de la Foi au vrai Dieu, des corps de troupes qu’il envoyait partout à leur recherche les enlevaient pour les traîner au supplice et à la mort. On eût dit qu’il avait fait trève avec les peuples barbares, afin de tourner toutes ses forces contre la Foi.

Il y avait alors dans les armées romaines une légion de soldats qu’on appelait les Thébains. La légion était un corps de 6.600 hommes sous les armes. On les avait fait venir du fond de l’Orient pour renforcer l’armée de Maxirnien. C’étaient des guerriers intrépides dans les combats, d’un courage magnanime, d’une Foi plus magnanime encore ; ils se montraient avec une noble émulation, pleins de générosité pour l’empereur et de dévouement au Christ ; car ils n’avaient point oublié dans les camps le précepte de l’Evangile, rendant fidèlement à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César.
Comme les autres soldats de l’armée, ils reçurent la mission de se livrer à la poursuite des Chrétiens et de les amener devant l’empereur. Seuls ils osèrent refuser de prêter leurs bras à ce ministère de cruauté, et répondirent qu’ils n’obéiraient point à de pareils ordres. Maximien n’était pas loin ; fatigué de la route, il s’était arrêté à Octodurum, aujourd’hui Martigny, à l’entrée de l’Entremont, sur la Dranse. Quand on vint lui annoncer dans cette ville qu’une légion rebelle à ses ordres avait suspendu sa marche et s’était arrêtée à Tarnade, appelé depuis Agaune, et enfin Saint-Maurice en Valais, il s’emporta tout à coup à un violent accès de fureur. Mais avant de continuer notre récit, nous croyons utile de donner ici une exacte description des lieux.

En apprenant qu’elle refusait d’obéir, Maximien, tout bouillant de colère, comme nous l’avons dit, ordonna qu’elle fût décimée. Il espérait que les autres, sous le coup de la terreur, céderaient plus facilement aux volontés de leur maître. C’est pourquoi, aussitôt après cette première exécution, il renouvela ses ordres pour contraindre ceux qui restaient à poursuivre les Chrétiens. Dès que ce nouvel arrêt eut été signifié aux Thébains, et qu’ils eurent appris qu’on voulait les forcer à exercer des persécutions sacrilèges, un grand tumulte s’éleva dans le camp ; tous criaient que jamais ils ne se prêteraient à ce ministère impie ; qu’ils avaient et auraient toujours en abomination les idoles et leur culte infâme ; que toujours ils demeureraient fidèles à leur Foi sainte et divine ; enfin qu’ils n’adoraient que le Dieu unique et éternel, résolus de tout souffrir plutôt que de trahir la Foi Chrétienne.

Instruit de cette réponse, Maximien, plus cruel dans ses emportements qu’une bête sauvage, reprend les instincts de sa fureur ; il ordonne qu’on les décime pour la seconde fois et que l’on contraigne ceux qui restent à se plier à la loi qu’ils ont méprisée. Cet ordre sanguinaire fut donc porté au camp pour la seconde fois ; aussitôt on jeta le sort, et l’on frappa le dixième des restes de la légion. Cependant les autres soldats que le glaive avait épargnés, s’exhortaient mutuellement à persévérer dans leur généreuse résolution.
Leur Foi trouvait un puissant aiguillon dans le courage de saint Maurice, que la tradition nomme leur chef, de saint Exupère, intendant du camp, et de Candide, le prévôt des soldats. Maurice les exhortait tous et excitait leur foi, en leur montrant l’exemple des martyrs leurs compagnons d’armes ; il leur faisait ambitionner à tous l’honneur de mourir, s’il le fallait, pour le respect des lois divines et de leur serment au Christ ; ils devaient suivre, leur disait-il, les frères qui venaient de les précéder au Ciel.

Ainsi s’enflamma dans ces bienheureux guerriers une glorieuse passion pour le martyre. Animés donc par leurs chefs, ils envoyèrent une députation à Maximien, qu’agitaient encore les accès d’une fureur insensée. Leur répouse, pleine à la fois de piété et de courage, était ainsi conçue :
 » Empereur, nous sommes vos soldats, mais en même temps, et nous nous faisons gloire de le confesser hautement, nous sommes les serviteurs de Dieu. A vous nous devons le service militaire ; à Lui l’hommage d’une vie innocente. De vous nous recevons la solde de nos travaux et de nos fatigues ; de Lui nous tenons le bienfait de la vie. C’est pourquoi nous ne pouvons, ô empereur, vous obéir jusqu’à renier le Dieu Créateur de toutes choses, notre Maître et notre Créateur, qui est aussi le vôtre, que vous le vouliez ou que vous ne le vouliez pas. Ne nous réduisez pas à la triste obligation de L’offenser, et vous nous trouverez comme nous l’avons toujours été, prêts à suivre tous vos ordres.
Autrement, sachez que nous Lui obéirons plutôt qu’à vous. Nous vous offrons nos bras contre l’ennemi que vous voudrez frapper, quel qu’il soit, mais nous tenons que c’est un crime de les tremper dans le sang des innocents. Ces mains savent combattre contre des ennemis et contre des impies ; elles ne savent point égorger des amis de Dieu et des frères.
Nous n’avons pas oublié que c’est pour protéger nos concitoyens, et non pour les frapper, que nous avons pris les armes. Toujours nous avons combattu pour la justice, pour la piété, pour le salut des innocents. Jusqu’ici, au milieu des dangers que nous avons affrontés, nous n’avons pas ambitionné d’autre récompense. Nous avons combattu, par respect pour la foi que nous vous avons promise ; mais comment pourrions-nous la garder, si nous refusions à notre Dieu celle que nous Lui avons donnée ?
Nos premiers serments, c’est à Dieu que nous les avons faits ; et ce n’est qu’en second lieu que nous vous avons juré de vous être fidèles. Ne comptez pas sur notre fidélité à ces seconds serments, si nous venions à violer les premiers. Ce sont des Chrétiens que vous ordonnez de rechercher pour les punir ; mais nous sommes Chrétiens, nous, et nous voici ; vos voeux sont satisfaits, et vous n’avez plus besoin d’en chercher d’autres ; vous avez en nous des hommes qui confessent Dieu le Père, l’Auteur de toutes choses, et qui croient en Jésus-Christ Son Fils comme en un Dieu.
Nous avons vu tomber sous le glaive les compagnons de nos travaux et de nos dangers, et leur sang a rejailli jusque sur nous. Cependant nous n’avons point pleuré la mort, le cruel massacre de ces bienheureux frères ; nous n’avons pas même plaint leur sort ; au contraire, nous les avons félicités de leur bonheur, nous avons accompagné leur sacrifice des élans de notre joie, parce qu’ils ont été trouvés dignes de souffrir pour leur Seigneur et leur Dieu.
Quant à nous, nous ne sommes pas des rebelles que l’impérieuse nécessité de vivre a jetés dans la révolte ; nous ne sommes pas armés contre vous par le désespoir, toujours si puissant dans le danger. Nous avons des armes en main, et nous ne résistons pas. Nous aimons mieux mourir que de donner la mort, périr innocents que vivre coupables. Si vous faites encore des lois contre nous, s’il vous reste de nouveaux ordres à donner, de nouvelles sentences à prononcer, le feu, la torture, le fer ne nous effraient pas ; nous sommes prêts à mourir.
Nous confessons hautement que nous sommes Chrétiens et que nous ne pouvons pas persécuter des Chrétiens. »

En recevant cette réponse, Maximien comprit qu’il avait à lutter contre des coeurs inflexibles dans la Foi du Christ. C’est pourquoi, désespérant de triompher de leur généreuse constance, il résolut de faire périr d’un seul coup la légion tout entière. De nombreux bataillons de soldats reçurent l’ordre de l’entourer pour la massacrer. Arrivés devant la bienheureuse légion, les impies qu’envoyait l’empereur tirèrent leurs glaives contre ces milliers de saints que l’amour de la vie n’avait point fait fuir devant la mort. Le fer les moissonnait dans tous les rangs, et il ne leur échappait pas une plainte, pas un murmure.

Ils avaient déposé leurs armes ; les uns tendaient le cou, les autres présentaient la gorge à leurs persécuteurs ; tous offraient aux bourreaux un corps sans défense. Malgré leur nombre et leur puissante armure, ils ne se laissèrent point emporter au désir de faire triompher la justice et leur cause par le fer. Une seule pensée les animait : le Dieu qu’ils confessaient S’était laissé traîner à la mort sans un murmure ; comme un agneau, Il n’avait point ouvert la bouche.
Eux de même, les brebis du Seigneur, ils se laissèrent déchirer par des loups furieux.

La terre fut couverte des cadavres de ces saintes victimes, et leur noble sang y coulait en longs ruisseaux. Jamais, en dehors des combats, la rage d’un barbare entassa-t-elle tant de débris humains ? Jamais la cruauté frappa-t-elle par une seule sentence tant de victimes à la fois, même en punissant des scélérats ? Pour eux, ils étaient punis, malgré leur innocence et leur multitude, quoique souvent on laisse des crimes sans vengeance, à cause du grand nombre des coupables. Ainsi l’odieuse cruauté d’un tyran sacrifia tout un peuple de saints, qui dédaignaient les biens de cette vie présente dans l’espérance du bonheur futur. Ainsi périt cette légion vraiment digne des Anges. C’est pour cela que notre Foi nous les montre aujourd’hui réunis aux légions des Anges, et chantant éternellement avec eux dans le Ciel le Seigneur, le Dieu des armées.
Quant au martyr Victor, il ne faisait pas partie de cette légion ; même il n’était plus soldat, ayant obtenu, après de longs services, son congé de vétéran. Mais dans un voyage qu’il faisait, il tomba, sans le savoir, au milieu des bourreaux qui, joyeux de leur butin, se livraient aux orgies d’un grand festin. Ils l’invitèrent à partager avec eux les joies de la fête. Quand il eut appris de ces malheureux, dans l’exaltation de l’ivresse, la cause qui les réunissait, il refusa avec horreur et méprisa le festin et les convives. On lui demanda alors s’il était Chrétien ; à peine eut-il répondu qu’il l’était et le serait toujours, que tout aussitôt on se jeta sur lui et on le massacra. Ainsi frappé au même lieu que les autres martyrs, il partagea avec eux et leur mort et leurs honneurs. De ce grand nombre de saints, 4 noms seulement nous sont connus : les saints martyrs Maurice, Exupère, Candide et Victor.

Un vitrail de la cathédrale de Strasbourg représente saint Maurice vêtu en chevalier. On le peint tenant un étendard crucifère, une grande épée et la couronne d’épines. Dans la collection des Saints du cabinet des estampes de Paris, on le voit tantôt représenté à cheval ; tantôt en tête des officiers de sa légion ; tantôt avec ses compagnons d’armes, refusant de sacrifier aux idoles, puis massacré par ordre de l’empereur.

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